Depuis plusieurs années les agrocarburants sont l'objet de controverses. Leur développement pose, pour certains défenseurs de l'environnement, toute une série de problèmes sociaux et environnementaux, mais aussi d'accaparement des terres, voire d'impact sur la sécurité alimentaire. Pour autant, les volumes annuels d'éthanol et de biodiesel ne cessent de croître, imperturbablement, dans l'Union européenne et aux États-Unis bien sûr, mais aussi dans les pays du Sud, particulièrement sensibles. Aux USA, par exemple, les livraisons de maïs à l'industrie de l'éthanol ont dépassé celles à l'industrie de l'alimentation du bétail.
Dans les pays du « Sud », trois matières premières agricoles dominent nettement : la canne à sucre pour la production d'éthanol, le soja et l'huile de palme pour le biodiesel. Mais des plantes « alternatives » suscitent des investissements grandissants : le Jatropha (biodiesel) et le man...
Depuis plusieurs années les agrocarburants sont l'objet de controverses. Leur développement pose, pour certains défenseurs de l'environnement, toute une série de problèmes sociaux et environnementaux, mais aussi d'accaparement des terres, voire d'impact sur la sécurité alimentaire. Pour autant, les volumes annuels d'éthanol et de biodiesel ne cessent de croître, imperturbablement, dans l'Union européenne et aux États-Unis bien sûr, mais aussi dans les pays du Sud, particulièrement sensibles. Aux USA, par exemple, les livraisons de maïs à l'industrie de l'éthanol ont dépassé celles à l'industrie de l'alimentation du bétail.
Dans les pays du « Sud », trois matières premières agricoles dominent nettement : la canne à sucre pour la production d'éthanol, le soja et l'huile de palme pour le biodiesel. Mais des plantes « alternatives » suscitent des investissements grandissants : le Jatropha (biodiesel) et le manioc (éthanol) surtout, ainsi que le ricin (biodiesel), le sorgho (éthanol), l'huile de noix de coco (biodiesel).
Les cultures énergétiques occupent d'ores et déjà des dizaines, voire des centaines de milliers d'hectares dans beaucoup de pays et même si la crise internationale du crédit, la volatilité des marchés agricoles et les réalités agronomiques peuvent parfois remettre certains investissements en question, la tendance à une augmentation généralisée de la production est réelle.
Au Sud comme au Nord, l'expansion des cultures énergétiques résulte d'abord de l'adoption récente de politiques publiques visant le développement de la production et de la consommation d'agrocarburants, généralement pour réduire la dépendance vis à vis du pétrole en créant des opportunités de croissance et de création d'emplois dans les secteurs agricole et industriel (pays en voie de développement) ou pour de soi-disant raisons écologiques (bilan carbone). Dans nos pays, où on consomme d'avantage que l'on produit, la demande est clairement un facteur d'accélération de la production dans les pays du Sud. Cette croissance est aussi soutenue par les investissements de l'agro-business, attiré par des perspectives de profits. Rappelons toutefois que les coûts de production des agrocarburants étant supérieurs à ceux de l'essence et du diesel, le décollage de la consommation mondiale n'aurait tout simplement pas eu lieu sans les subventions publiques à l'industrie.
Sous la pression des lobbies environnementaux et des mises en garde quant aux effets sociaux potentiels de l'expansion des cultures énergétiques, la Commission européenne a adopté une série de « critères de durabilité » visant à exclure les biocarburants qu'elle n'estime pas « propres ».
Un des aspects sensibles de leur production concerne le changement d'affectation des sols, qui peut être tantôt direct (la forêt ou la savane est rasée pour laisser la place aux plantations), tantôt indirect, lorsque l'activité agricole (culture ou élevage) que la culture énergétique remplace, est déplacée et provoque ailleurs la conversion de milieux naturels engendrant des émissions de carbone que l'on entend porter au débit des agrocarburants. Ce phénomène a été baptisé ILUC (Indirect Land Use Change) et fait l'objet d'études de modélisation. Un exemple : le « détournement », vers les unités de biodiesel, du colza européen précédemment utilisé par l'industrie agroalimentaire amène cette industrie à se tourner vers l'huile de palme, contribuant à la hausse du prix international du produit, ce qui encourage les plantations de palmeraies en Indonésie ou en Papouasie au détriment de la forêt primaire, alourdissant gravement le bilan carbone du biodiesel de colza « bien de chez nous ». Ainsi, pour ce biodiesel européen obtenu à partir du colza, le bilan pourrait même devenir tellement défavorable que l'obligation de mélange perdrait ses justifications environnementales. Les meilleurs résultats seraient pour le bio-éthanol brésilien obtenu à partir de la canne à sucre.
Les représentants des producteurs de biocarburant refusent la prise en compte d'ILUC avec l'argument que les critères durables imposés en UE apportent par eux-mêmes un effet climatique positif.
Les intérêts financiers sont importants et on devrait assister à des débats orageux !
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